François Régis Hutin,
dans son éditorial de ce jour, sur Ouest-France.fr, écrit ce qui
suit :
« Nous
avons gagné les Jeux olympiques ! Oui, nous sommes en tête
pour le nombre de médailles d'or, aussi bien que pour le total des
médailles attribuées : loin devant les grands pays que sont
les États-Unis ou la Chine.
Nous, c'est-à-dire l'équipe de l'Union
européenne -vingt-quatre pays de cette Union sur les
vingt-sept qu'elle comporte-, avons obtenu 92 médailles d'or, 305
médailles au total, devant les États-Unis (46 médailles d'or et
104 au total) et devant la Chine (38 médailles d'or et 88 au total).
On le constate, en sport comme ailleurs, l'union fait la victoire.
C'est bien cela que les Européens auraient dû
fêter. Encore aurait-il fallu qu'ils en soient conscients. Mais le
patriotisme, voire le chauvinisme, a masqué cet extraordinaire
succès. Il est dommage que cela n'ait été souligné nulle part.
L'Union européenne aurait alors marqué un peu plus les esprits par
sa présence, ses talents, son efficacité globale. Cela aurait pu
faire réfléchir les membres de l'Europe sur le positif de la
démarche entreprise depuis soixante ans pour construire cette
Union qui, on le voit, si elle s'organisait mieux, aurait plus de
prestige et pourrait peser davantage sur les destinées du monde.
Exorciser
les vieux démons
On imagine, par exemple, l'influence qui serait
la sienne dans tous les domaines -diplomatique, économique,
humanitaire, au besoin militaire-, si elle parlait toujours d'une
seule voix, si elle agissait réellement de concert, si elle se
montrait absolument solidaire.
Utopie, dira-t-on ! Aujourd'hui, cela peut
paraître encore utopique en effet, mais cette utopie a commencé à
se réaliser avec un résultat extraordinaire : la paix. Cette
paix qui règne depuis soixante-sept ans, deux tiers d'un
siècle, sur notre continent. Songeons tout de même que lors des
soixante-quinze années précédant cette ère nouvelle de paix,
l'Europe s'était déchirée elle-même par trois fois :
1870-1871, 1914-1918, 1939-1945. Ces combats fratricides lui firent
perdre des millions de ses enfants et aussi sa suprématie mondiale.
Avec 500 millions d'habitants, 28 % du
Produit intérieur brut mondial, la porte de l'avenir est grande
ouverte aux Européens s'ils ont à la fois la sagesse, la lucidité
et le courage d'avancer en dominant leurs susceptibilités
nationales. Ce ne sera pas, à la clé, la perte de souveraineté que
certains annoncent et redoutent, ce sera, au contraire, la sauvegarde
de la souveraineté de chacun ordonnée à la solidarité, seule
façon d'exorciser les vieux démons qui sommeillent toujours en
chacune de nos nations. »

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